L'interview du jour

Le D-shirt, ou comment créer en France un vêtement connecté avec l'art et la... matière !

Dans ce climat morose, l'Industrie française a encore bien des cartes à jouer. Le programme SMART SENSING porté par un consortium français et piloté par la société Citizen Sciences en est une parfaite illustration. Cette entreprise innovante est en passe de réussir un défi technologique international : replacer le textile français parmi les premiers mondiaux !

Pour y parvenir, Citizen sciences a su s'entourer de partenaires français compétents, un modèle de collaboration unique. Ensemble, ils ont relevé des enjeux technologiques majeurs : miniaturisation, intégration textile ou gestion des données. Vincent Lambert, Directeur Marketing nous dévoile les secrets de cette réussite collective.

Comment est née l'idée de créer un textile connecté ?

L'idée initiale de Jean-Luc Errant Président de Citizen Sciences est née en deux temps. Jean-Luc Errant est un grand sportif, qui fait du bateau et de la montagne. Plusieurs fois il s'est retrouvé dans des situations compliquées, comme par exemple faire un malaise en montagne et il s'est dit que dans cette situation, ce serait bien d'avoir des outils pour surveiller son état de santé et son activité physique. C'est aussi quelqu'un de très tête en l'air et quand il va courir, il oublie régulièrement ses clés, son téléphone... La seule chose qu'il n'oublie jamais c'est de s'habiller et c'est ce qui lui a donné l'idée de créer un tee-shirt avec capteurs.

Donc c'est ce qu'est devenu le « Digital Shirt » ou « D-shirt » ?

Oui, le D-shirt est un textile connecté doté de micro-capteurs intégrés capables d'effectuer le monitoring d'hommes ou de femmes : température, fréquence cardiaque, vitesse et accélération, géolocalisation... Techniquement, nos vêtements connectés communiquent avec un boîtier placé sur le vêtement, le Gateway, chargé de récupérer les données et celui-ci communique ensuite avec les appareils mobiles à proximité par Bluetooth. Le sport professionnel et amateur est notre première cible. L'essor du marché du textile connecté, est à mettre en parallèle avec l'explosion du mouvement quantified self*. Ce tee-shirt ainsi que sa déclinaison en cuissard de vélo devraient être commercialisés au printemps prochain dans les enseignes du groupe Cyclelab notre partenaire.

Comment les choses se sont-elles concrétisées ?

Pour trouver la solution, Jean-Luc Errant est parti à la rencontre de scientifiques, de sportifs, d'ingénieurs... L'idée d'un textile intelligent est alors née. Pour finaliser le produit, il fallait mettre autour de la table des entreprises capables de sortir de leurs habitudes et de casser les codes. C'est ce que fait le consortium depuis 2012. La technologie est développée à 100% en France par des entreprises ou universités et grandes écoles françaises. La chaîne industrielle complète allant de la R&D à la distribution, en passant par la production est ainsi maîtrisée par le Consortium tant en France qu'à l'international.

Vous croyez en l'industrie Française  en général et au secteur textile français en particulier, pourquoi ?

On y croit et ce sont des choix ambitieux, parce qu'il y a en France des savoir-faire historiques, comme par exemple les soieries de la région Lyonnaise où nous sommes installés. A Grenoble, on trouve aussi de très nombreux laboratoires de recherche en pointe sur la micro-électronique. Et surtout en France il y a une réelle volonté politique qui nous permet par exemple, de bénéficier du crédit d'impôt recherche. Il y plusieurs paramètres très intéressants quand on est installé en France si on se positionne sur des segments à haute valeur ajoutée.

Pouvez-vous en quelques mots nous parler des partenaires experts en leurs domaines respectifs qui composent votre consortium franco-français ?

Il y a tout d'abord le groupe Payen, installé en Ardèche, spécialisé dans les solutions textiles. Payen est le leader européen des fils et tissus élastiques depuis 50 ans, il développe des textiles très innovants élastiques capables d'intégrer des fils connectés. Éolane basé à Angers est spécialisé en services industriels en électronique professionnelle. Telecom Bretagne une grande école d'ingénieurs nous a aidés à définir des algorithmes et nous a apportés l'expertise en  gestion de bases de données complexes. Et enfin Cyclelab notre réseau de distribution, qui va commercialiser nos produits.

Le projet Smart Sensing a été pensé dans un premier temps pour répondre aux besoins du sport et peut également révolutionner la santé mobile ou m-santé. Et demain ? Vers quels autres champs d'application pourriez-vous vous orienter ?

Cette application est magique, on peut cibler la sécurité des personnes, suivre par exemple l'état de santé des pompiers en opération, leur fréquence cardiaque, la température de leurs vêtements. Cette innovation sera dans un premier temps commercialisée sous une marque "ingrédient" qui trouvera ses applications dans le secteur du sport mais on pourra très vite évoluer. On envisage d'équiper des militaires, des personnes qui travaillent en usine sur des chantiers en mesurant précisément le poids des charges manipulées et leurs effets sur chaque partie du corps : lombaires, trapèzes...On pourra équiper de capteurs de dioxyde de carbone des rideaux, de la moquette... Comme pour de nombreuses innovations de pointe, la seule limite pour les applications c'est l'imagination !

Quantified self* : tendance qui consiste à mesurer en permanence ses efforts physiques, vérifier son rythme cardiaque, le nombre de calories brûlées, la bonne qualité de son sommeil et de l'air qu'on respire chez soi... Le tout par le biais d'objets connectés, insérés dans la vie quotidienne et reliés à son ordinateur ou à son Smartphone.

Propos reccueillis par Stéphanie Vergez, pour les BNI

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