L'interview du jour

L'Isle-d'Espagnac: le concours Lépine prime Visvivo

 La PME de L'Isle-d'Espagnac s'apprête à commercialiser un réservoir hydraulique refroidissant. Trouvaille d'un inventeur périgourdin primée au concours Lépine.

On ne verra bientôt plus les engins de chantier s'arrêter brutalement pour cause de surchauffe. N'en déplaise aux fabricants de radiateurs traditionnels, Visvivo, l'industriel de L'Isle-d'Espagnac, renfile sa casquette de spécialiste du froid et s'apprête à commercialiser en exclusivité le tout premier «réservoir hydraulique refroidissant».

Un concentré de technologie en aluminium plein de bon sens que la marque doit à Alfred Mousseau, un inventeur installé à Javerlhac (Dordogne) à 10 kilomètres de Marthon, qui vient de décrocher le prix de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) au prestigieux concours Lépine.

 L'inventeur périgourdin Alfred Mousseau, très attaché à la Charente, présente son invention avec Fabien Moreau, cogérant de Visvivo, très fier de ce succès.. PHOTO/Photo Phil Messelet

Ce Géo Trouvetou de 68 ans rêvait depuis l'an 2000 de régler une bonne fois pour toutes la galère récurrente des engins qui ont besoin d'huile pour fonctionner.«Lorsque celle-ci atteint une température trop élevée, ça forme des bulles d'air dans le système et ça les interrompt, explique-t-il. Quand j'étais fabricant de systèmes hydrauliques, jusqu'à la fin des années 90, j'ai eu de gros soucis avec ça. J'avais décroché un marché pour équiper les broyeurs d'arbres du canal du Midi conçus par une entreprise allemande. Le problème, c'est qu'elle a fini par me dire qu'elle ne voulait pas payer pour un système qui présentait des ratés, même s'ils étaient alors incontournables.»

La relance par l'innovation

À force d'expérimentations, celui qui n'est plus que petit génie à temps plein depuis un grave accident de la route parvient à mettre au point un premier dispositif de refroidissement avec des tubes verticaux. «L'idée est d'y répartir la chaleur de l'huile et de l'évacuer grâce à un ventilateur pour maintenir en permanence les 56°C optimaux.»

Convaincante, la première ébauche reste perfectible. L'amélioration passe par une redisposition des tubes à l'horizontale.

En 2008, Alfred Mousseau dépose un premier brevet. Un autre suit deux ans plus tard.
«Il cherchait depuis un industriel pour développer un prototype, le présenter au concours Lépine et envisager une production en série, poursuit Fabien Moreau, l'un des deux patrons (avec Jean-Michel Rives) de Visvivo, toujours en quête d'innovations pour développer leur entreprise. C'est alors que Nicolas Baguet, de l'Union patronale de la Charente, nous l'a présenté.»

C'était il y a à peine six mois. L'ex-chef d'entreprise périgourdin qui n'a «qu'un CAP en poche» et les «jeunes ingés» se regardent d'abord comme des bêtes curieuses. Mais accrochent très vite. «On a tout de suite compris qu'on avait besoin les uns des autres», se souvient Alfred Mousseau.

L'inventeur veut s'appuyer sur une industrie pour concrétiser ses rêves; Visvivo n'entend «plus seulement être un sous-traitant». À peine remarquée et honorée au concours Lépine, l'invention donne déjà de l'air à la PME charentaise de 50 salariés.

«Des perspectives de marché se dessinent, se réjouit Fabien Moreau. Je suis en contact avec Volvo.» Un retour appréciable de l'investissement de 10.000 euros que Visvivo a consacré pour accompagner l'inventeur jusqu'à la Foire internationale de Paris.

«Ça nous a donné une excellente visibilité, s'enthousiasme encore le jeune patron.Ne serait-ce que parce que des milliers de visiteurs sont passés sur notre stand.»

Parmi la foule, des décideurs de la Ville de Paris qui se demandent bien s'ils ne vont pas confier à la PME charentaise l'entretien des ponts hydrauliques de la cité des lumières.

Alfred Mousseau, qui a noué de premiers contacts avec eux, espère bien finir de les convaincre. De son côté, Visvivo entend gratifier ce nouveau VRP inattendu.

La société devait hier s'entretenir avec l'inventeur pour définir les modalités de leur collaboration future, d'autant plus que d'autres projets d'envergure sont à l'étude.

 «Nous allons amorcer la phase de prospection pour le réservoir hydraulique qui pourra en fait avoir plusieurs tailles et coûtera au maximum 5.000 euros, éclaire Fabien Moreau. Alfred Mousseau percevra des royalties sur les produits vendus. C'est normal, d'autant plus qu'il a besoin d'argent pour inventer.» Ces dix dernières années, il a consacré 78.000 euros à une multitude de brevets.

Un article de Benoît Caurette (Charente Libre - 28/05/2014)


 

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